La retraite d'un dirigeant, c'est rarement une belle surprise. Entre des cotisations retraite obligatoires souvent faibles au regard des revenus réels, et une pension finale qui peut représenter moins de 40 % du dernier revenu, beaucoup de chefs d'entreprise découvrent trop tard qu'ils n'ont pas suffisamment anticipé.
Le Plan d'Épargne Retraite (PER), créé par la loi Pacte en 2019, est aujourd'hui l'outil le plus puissant pour combler cet écart — à condition de choisir le bon dispositif. Car il en existe deux grandes familles : le PER individuel et le PER d'entreprise. Leurs mécanismes, leurs avantages fiscaux et leurs contraintes sont différents. Et pour un dirigeant, le choix — ou la combinaison des deux — peut avoir un impact considérable sur le capital constitué à la retraite.
La famille PER : un rappel rapide
Depuis la loi Pacte, tous les anciens produits d'épargne retraite (PERP, Madelin, Article 83, PERCO…) ont été regroupés sous une architecture commune : le Plan d'Épargne Retraite. Ce PER se décline en trois compartiments :
- Le PER individuel (PERIN) : souscrit à titre personnel, par un particulier ou un TNS, auprès d'un assureur ou d'un gestionnaire d'actifs.
- Le PER collectif (PERCOL) : mis en place par l'entreprise, alimenté par l'épargne salariale (intéressement, participation, abondement employeur). Ouvert à tous les salariés.
- Le PER obligatoire (PERO) : mis en place par l'entreprise, avec des versements obligatoires pour certaines catégories de salariés — dont le dirigeant peut faire partie.
Pour simplifier, on retiendra deux grandes logiques :
- Le PER individuel : logique personnelle, alimenté par des versements volontaires déductibles du revenu imposable.
- Le PER d'entreprise (PERCOL et/ou PERO) : logique collective, alimenté par l'entreprise et/ou les mécanismes d'épargne salariale.
Le PER individuel : la souplesse et la déduction fiscale personnelle
Comment ça fonctionne
Le PER individuel est souscrit en nom propre. Vous versez quand vous voulez, le montant que vous souhaitez, dans la limite du plafond de déduction annuel. Ces versements sont déduits de votre revenu imposable l'année de leur réalisation.
Pour un dirigeant TNS (gérant majoritaire, profession libérale, entrepreneur individuel), le plafond de déduction est particulièrement généreux :
- 10 % du bénéfice imposable, dans la limite de 10 % de 8 fois le PASS (37 680 € (2026) — 37 094 € (2025) en 2024)
- Majoré de 15 % supplémentaires sur la fraction du bénéfice comprise entre 1 et 8 PASS
Concrètement, un TNS avec un bénéfice imposable de 100 000 € peut déduire jusqu'à environ 24 000 € de versements PER de son revenu imposable — soit une économie d'impôt immédiate de 9 840 € s'il est à 41 % de TMI.
Les atouts pour un dirigeant
Flexibilité totale. Vous décidez du montant et du moment des versements. Les bonnes années, vous versez davantage. Les années creuses, vous réduisez ou suspendez sans pénalité.
Plafonds reportables sur 3 ans. Si vous n'avez pas utilisé tout votre plafond les années précédentes, vous pouvez le rattraper. Un dirigeant qui n'a pas versé depuis 3 ans peut concentrer un versement important en une seule fois pour effacer une année fiscalement lourde.
Sortie en capital possible. Contrairement aux anciens contrats Madelin, le PER individuel permet une sortie en capital à la retraite — en une fois ou de façon fractionnée. C'est un avantage considérable pour un dirigeant qui souhaite récupérer son épargne librement plutôt que sous forme de rente viagère obligatoire.
Déblocage anticipé pour résidence principale. L'épargne peut être débloquée avant la retraite pour financer l'acquisition de sa résidence principale — ce qu'aucun ancien produit retraite ne permettait.
La limite principale
L'entreprise ne peut pas abonder directement le PER individuel. Les versements proviennent exclusivement des revenus personnels du dirigeant. Pour optimiser la fiscalité au niveau de la société (et non uniquement au niveau personnel), il faut se tourner vers le PER d'entreprise.
Le PER d'entreprise : optimiser au niveau de la société
Le PER collectif (PERCOL)
Le PER collectif est mis en place par l'entreprise et ouvert à l'ensemble des salariés — dont le dirigeant s'il a le statut de salarié (gérant minoritaire ou égalitaire de SARL, président de SAS/SA). Les gérants majoritaires peuvent également en bénéficier dans certaines conditions.
Il est alimenté par :
- L'intéressement et la participation (obligatoire dans les entreprises de plus de 50 salariés, facultative en dessous)
- L'abondement de l'employeur : l'entreprise peut abonder les versements des salariés jusqu'à 300 % de leur apport, dans la limite d'un plafond annuel (7 689,60 € (2026) — 7 419 € (2024) en 2024)
- Des versements volontaires du salarié
L'avantage fiscal de l'abondement employeur est remarquable : les sommes versées par l'entreprise au titre de l'abondement sont déductibles du résultat imposable de la société (IS ou IR), et exonérées de charges sociales dans les limites légales. Pour le salarié-dirigeant, elles sont également exonérées d'impôt sur le revenu à l'entrée.
Le PER obligatoire (PERO)
Le PER obligatoire est l'héritier de l'ancien "Article 83". Il est mis en place par l'entreprise pour une catégorie définie de salariés — typiquement les cadres dirigeants — avec des versements obligatoires à la charge de l'employeur et/ou du salarié.
C'est l'outil le plus puissant pour un dirigeant salarié souhaitant faire financer sa retraite par sa société :
- Les cotisations patronales sont déductibles du résultat de la société
- Elles sont exonérées de charges sociales dans certaines limites
- Pour le dirigeant, elles ne sont pas considérées comme un avantage en nature imposable immédiatement
La contrainte : les versements au PERO sont obligatoires pour toute la catégorie concernée. Si d'autres cadres entrent dans la même catégorie, ils bénéficient (et cotisent) dans les mêmes conditions. Le montage doit donc être bien calibré avec un conseiller.
Le comparatif côte à côte
| Critère | PER Individuel | PER Collectif (PERCOL) | PER Obligatoire (PERO) |
|---|---|---|---|
| Qui souscrit | Le dirigeant en nom propre | L'entreprise | L'entreprise |
| Qui alimente | Le dirigeant (revenus perso) | Entreprise + salarié | Entreprise + salarié |
| Déduction fiscale | Sur revenu personnel (IR) | Abondement déductible IS + exo charges | Cotisations déductibles IS + exo charges |
| Plafond | ~35 000 € + majoration TNS | Abondement plafonné (~7 400 €) | Selon accord d'entreprise |
| Sortie retraite | Capital ou rente | Capital ou rente | Rente obligatoire (capital pour versements volontaires) |
| Déblocage résidence principale | Oui | Oui (versements volontaires) | Non |
| Idéal pour | TNS, tous dirigeants | Dirigeants salariés avec salariés | Dirigeants salariés souhaitant maximiser |
Quelle stratégie selon votre statut ?
Vous êtes gérant majoritaire de SARL ou entrepreneur individuel (TNS)
Votre outil principal est le PER individuel, avec les plafonds Madelin intégrés qui sont nettement plus favorables que pour un salarié classique. Vous pouvez déduire jusqu'à 10 % de votre bénéfice + 15 % sur la tranche haute — une économie fiscale significative chaque année.
Si vous avez des salariés, vous pouvez également mettre en place un PERCOL pour votre entreprise — mais vous ne pourrez en bénéficier que sous certaines conditions liées à votre statut. À vérifier avec votre conseiller.
Stratégie recommandée : maximiser les versements PER individuel chaque année jusqu'au plafond, en modulant selon les résultats de l'exercice. Utiliser les années de bons résultats pour rattraper les plafonds non utilisés.
Vous êtes président de SAS, gérant minoritaire ou égalitaire de SARL (assimilé salarié)
Vous avez accès aux deux familles de PER. La stratégie optimale combine généralement :
- Un PERO mis en place par la société, avec des cotisations patronales déductibles de l'IS — c'est la société qui finance votre retraite, pas vous directement.
- Un PER individuel en complément, alimenté par vos versements personnels pour optimiser votre fiscalité personnelle.
- Éventuellement un PERCOL si vous souhaitez associer vos salariés à une démarche d'épargne collective.
Stratégie recommandée : faire porter le maximum de l'effort d'épargne retraite au niveau de la société (PERO), dont les cotisations sont déductibles de l'IS et exonérées de charges sociales. Compléter avec le PER individuel pour les revenus que vous ne faites pas transiter par la société.
Vous êtes dirigeant seul, sans salarié
Le PER individuel est votre outil central. Simple, flexible, puissant fiscalement. Pas de contrainte collective, pas de formalisme lourd. Vous versez selon vos résultats et votre tranche marginale d'imposition.
Un exemple chiffré : l'impact du bon choix
Situation : Nicolas, 42 ans, président de SAS, rémunération de 80 000 € bruts, TMI à 41 %, IS de la société à 25 %.
Option 1 — PER individuel uniquement : Nicolas verse 8 000 € sur son PER individuel. Économie d'impôt sur le revenu : 8 000 € × 41 % = 3 280 € Coût réel du versement : 4 720 €
Option 2 — PERO financé par la société : La société verse 8 000 € de cotisations patronales sur le PERO de Nicolas. Déduction IS : 8 000 € × 25 % = 2 000 € d'économie d'IS Exonération de charges sociales patronales (environ 45 %) : 3 600 € économisés Coût réel pour la société : environ 2 400 € pour 8 000 € versés sur la retraite de Nicolas.
La différence est nette : financer sa retraite via le PERO coûte à la société environ 2 400 €, contre 4 720 € en net personnel avec le PER individuel — pour le même capital constitué. C'est l'effet combiné de la déduction IS et de l'exonération de charges sociales.
Ce qu'il faut retenir
- Le PER individuel est l'outil de base de tout dirigeant ou TNS : flexible, fiscalement puissant, sans contrainte collective.
- Le PER d'entreprise (PERCOL ou PERO) permet de faire financer sa retraite par la société, avec une optimisation fiscale et sociale souvent supérieure — mais sous conditions de statut et avec un peu plus de formalisme.
- La stratégie optimale pour la plupart des dirigeants salariés est une combinaison des deux, calibrée selon leur rémunération, leur tranche d'imposition et les résultats de l'entreprise.
- Chaque situation est unique : le bon dosage dépend de votre statut juridique, de votre niveau de revenus, de la trésorerie de votre société et de vos objectifs à la retraite.
Chez Maralo, nous construisons avec vous une stratégie retraite sur mesure, en tenant compte à la fois de votre situation personnelle et de celle de votre entreprise. Parce qu'un dirigeant ne prépare pas sa retraite comme un salarié — et mérite un accompagnement à la hauteur de ce qu'il a construit.
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Article rédigé à titre informatif. Les plafonds et avantages fiscaux mentionnés sont ceux en vigueur en 2024 et peuvent évoluer. Pour une analyse adaptée à votre situation, consultez un conseiller agréé.
Sources officielles utilisées dans cet article
| Donnée | Valeur | Source | Référence |
|---|---|---|---|
| Plafond déduction PER salarié 2026 | 37 680 € | service-public.fr | impots.gouv.fr |
| Plafond déduction PER salarié 2025 | 37 094 € | service-public.fr | impots.gouv.fr |
| Plafond abondement PERCOL 2026 | 7 689,60 € (16 % du PASS) | Urssaf | urssaf.fr |
| PASS 2026 | 48 060 € | Arrêté du 22/12/2025 | urssaf.fr / JO du 23/12/2025 |
| Cas de déblocage anticipé PER | — | legifrance.gouv.fr | Art. L224-4 CMF |
| IS taux normal | 25 % (bénéfice > 42 500 €) | impots.gouv.fr | Art. 219 CGI |
| Loi Pacte — création PER | Loi n°2019-486 du 22/05/2019 | legifrance.gouv.fr | — |
| Croissance cotisations PER | +9 % en déc. 2024 | France Assureurs | franceassureurs.fr |
Article mis à jour en août 2026.
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